Mieux que la Truffe : l’Orobanche ! par...

, par Marc Lagaly

Mieux que la Truffe : l’Orobanche ! par François Nardou

En Oc, Erbo del Tàwrél, Herbe du Taureau, Erbo del Routsé, du Rouge, Pà dé(la) Lébré,(1) « Pain de Lièvre, en Latin des vieux Herboristes Herba Leonina, Herbe du Lion. Son nom savant, grec, signifie « Ankhos/Etrangle-Ers/Orobos », ou si l’on met ça en Oc « Estrényo Garàwbo » (graphie IEO:Estrenha Garauba (2), car parasite des légumineuses fourragères dont l’ersou vesce .
Plante discrète, peu remarquée des non-connaisseurs, ressemblant vaguement par ses fleurs ternes brunissantes à quelque maigre jacinthe à mince et haute tige, elle hante de nos jours les sous-bois frais recherchant les racines de certains arbres.
Jadis recherchée comme succédané de l’asperge (3), comme les réspounntsous , jeunes pousses deTamier Commun (4), elle faisait partie des multiples ressources alimentaires et médicinales aujourd’hui trop oubliées, qu’offrait la flore sauvage.
Le couvert arboré ,forestier, était alors bien moindre qu’aujourd’hui (jamais la forêt française (5) n’a été aussi étendue que de nos jours, sauf aux Méso- et Néo-lithiques) dans les campagnes ouvertes, sans arbre, vouées aux céréales et légumes secs, base de l’alimentation, l’Orobanche parasitait bien des herbes sauvages et médicinales (6) ou cultivées et alimentaires (7) dont elle absorbe la sève par les
racines, elle envahissait les cultures qu’elle étouffait , contraignant à abandonner les champs où elle s’installait .
On la trouve encore aussi bien sur nos causses et dans nos combes sèches qu’en stations ombreuses de vallées (8) alors que le couvert arboré actuel du Quercy-Blanc ne s’est installé qu’après 1950 par suite de la disparition des troupeaux de moutons et de chèvres et de la déprise agricole.
Il semblerait donc que les mutations des terroirs agraires, le retour de l’arbre et de la forêt réoccupant d’anciens labours abandonnés, se soient traduit par une modification des affinités électives des Orobanches qui ont abandonné les plantes herbacées pour les espèces arborescentes et accompli une migration depuis les stations cultivées en céréales et légumineuses vers les zones ré-enforestées.
Une cousine à belles touffes de fleurs bleues à ras de terre, dite Lathrée,
« Celle qui se cache », en Grec des Botanistes, Clandestine en français, apparaît, signe du Printemps, sur les berges de nos ruisseaux, sous les saules, peupliers et frênes qu’elle parasite. On en peut voir aux bords ombreux de la Négo Byélyo (9)
au pied du versant sud de Montcuq, sous le Mas de La Combe.
Les Orobanches, ces herbes si discrètes, seraient donc un des témoins des effets des activités humaines, agraires et pastorales, sur le milieu naturel.
Le fait que les Orobanches se nourrissent de la sève des plantes et arbres qu’elles parasitent ,sève qu’elles transforment à leur usage et selon leurs besoins est à étudier.
Parmi les Orobanches l’une était donnée par la pharmacopée savante de jadis pour antispasmodique, même du système nerveux central, recommandée contre l’épilepsie, une autre pour amère et astringente, donc vulnéraire, ce qui signifie stimulante physique et psychique, fortifiante, fébrifuge, apéritive, et aussi (vulnéraire) désinfectante et cicatrisante, et serait donc comme les plantes ainsi classées, riche en tannin, fer, calcium, silice,et autres substances repérées dans le Noyer ou le chêne, et parmi les herbes chez l’Aigremoine, le Géranium Robert, herbes à tiges rouges, chères aux Steinériens qui y voient le signe de vertus propres à favoriser la « circulation de l’Energie », à en éviter la stagnation cause d’inflammations diverses , dedégénérescences et de « maux de sociétés modernes » tels que le diabète (une des grandes applications des feuilles du Noyer , de l’Aigremoine, du Géranium Robert, utilisables, comme le disait le Dr Leclerc, « Largo manu », « à Téngùdo » en Oc ! ) .
Or une des Vertus de notre Erbo del Routsé et del Tàwrel est une tradition des « 
Panseurs de Douleurs » et « détenteurs de secrets » du Limousin, pays des Mille(=Monts) Sources/Batz (10), trompeuses « Mille Vaches » et des Rocs Druidiques de Bélénos, Monts de Blond, ancien Pays des celtes Lemo Vices, ceux qui Vainquent par l’Orme.
On ne la trouve mentionnée nulle part ailleurs . Même ce qui nous reste des savoirs médicaux druidiques de l’ancienne Gaule, conservés par des auteurs grecs , latins, gallo-romains, n’en dit rien. Il fallut pour en acquérir et garder connaissance qu’un des grands Herboristes ,à l’ancienne, Diplômé D.E. d’avant 1940, s’installât à Limoges et y fût mis en relations avec tout ce que le Limousin comptait de « Plus-Que-Guérisseurs » par les Plantes, les Eaux et les Roches qui lui confièrent certains de leurs secrets - l’initièrent-ils ?- pour que le peu qu’il en dit dans son fameux « Manuel
 » fut porté à la connaissance de ses collègues de France, Suisse et Belgique....donc du Quercy, Blanc et Montcuquiol... La plante selon les traditions du Limousin secret et mystérieux ,tout ruisselant de Sources ,est propre à traiter ce que les gens des pays de Charente appelle le « Mauvais Mal » et que l’on ne nomme pas (11)...
Il est intéressant de savoir que parmi les plantes , et toxiques , dites « Pàn de Lebre » ou « Pains » d’autres animaux sauvages présents en nos contrées depuis – 10 000 :-8000, l’Arum Tacheté, ou Arum d’Italie , doit à ses feuilles et à leurs maculations blanchâtres et noires d’être considéré par nos « plus que guérisseurs » carcinols comme puissant ,en usages externes ,par application de ses feuilles « sul
pîtré » (12), contre les maux pulmonaires même les plus redoutables... recette à
renouveler tant que des sérosités rougeâtres exsudent sur la peau au contact des feuilles d’Arum,lorsque ces liquides « sortent clairs comme de l’eau on est guér »
(13).
Ma Grand-mère paternelle Zéolide Nardou , née Souchet ,Saintongeaise et du Cognaçais, de Lignères-Sonneville ,Angeac-Champagne et Boutteville , et parlant le « Jhabrail des Chérentes » (14), donnait les feuilles d’Arum (15) passées dans de l’eau bouillante à ses cochons qui en raffolaient ! Or il est bien connu que ce qui est bon pour le cochon est bon pour l’Homme !
Du même âge que mon grand-père maternel Paul Latapie ,notre ancien voisin Numa Muret, décédé en 1948, fameux vétérinaire de Montcuq ,célèbre pour ses colères, et encore plus pour ses dons de médecin des animaux ,il voyait au premier coup d’oeil de quoi souffrait tout animal, se soignait, lui et sa famille, aux médicaments pour les chevaux ! Disant que ce qui est bon pour le Cheval l’est pour l’homme !

Notes :

1
Graphie IEO= Erba del Taurel, Erba del Roje, Pàn de (la) Lebre ; Taureau se dit aussi bien « Tàwr » (IEO=Taur) que Tàwrél< En phonétique méridionale ancienne il est très régulier que la rencontre de Voyelle (a/é)+ L+ T>> Voyelle +W(OU semi-consonne ,le U/V latin)+T(exemple Arnald/Arnalt>>Arnàw(d/t).Mais on trouve tout autant Arnal , Gàyral
etc...) Par contre une forme d’origine en Voyelle+N+T reste en OC « Voyelle+N+T ».
Cf Montcuq ,lieu-dit ,en amont du Lac de St-Sernin ,Ventalays (= Vénntalàillss /Bénntalàillss, et non pas un affreux « Vantalê » !!)
Pour les spécialistes de (Paléo-)Linguistique la forme « Vent/Bénnt », premier élément de Ventaurel,Ventalays ,est un fossile ,un témoin , hérité des langues très pré-indo-européennes des populations du Bassin Aquitain du Paléolithique final (-12000/-10000) et des millénaires dits Méso- et Néo-Lithiques (-10000 à – 5000/-3000) langues ouralo-altaïques et « Méditerranéennes » (d’où nous vient le terme Kükk/Cuq). Vent/Bent sont à rapprocher du radical « Ban » de sens général
« Barre Rocheuse »,Falaise. Ce qui est le cas des sites de Ventaurel et de ventalays.
Lièvre est féminin en Oc. Beaucoup de plantes sauvages , parfois toxiques ,sont dites « Pàn de... » « Pain »de tel animal représentatif de la Nature Sauvage ,le « Saltus » des Géographes et historiens du Paysage. » Les toxiques sont souvent « telle chose du Diable »

2
Verbe « estrenher » ,à prononcer « éshtrényé » accent tonique sur « tré ».La bonne forme de la 3ème personne(il/elle) du présent de l’indicatif serait « 
estrenhe » et non pas « estrenha »/eshtrényo ».
« Estrenher »= serrer, contraindre, resserrer >>> étrangler.Cf Français « 
étreindre » , même étymologie latine : « ex stringere »(à prononcer éx strïnnguéré, avec accent tonique sur « trinn » et « G » = G dur ,celui de « Gui,Guérande »,le « r » latin est toujours roulé ,comme il l’était encore à Paris au 18ème siècle,ce sont les Travailleurs Immigrés venus de Provence ,ces Occitans méditerranéens à l’ « R » raclé qui ont introduit en « Français » académique leur « R » guttural ,laryngal(le
mien,le « R » raclé des Méridionaux en Français , au naturel !d’où la perception de la « Jota » castillane comme un « R » par les jeunes méridionaux apprenant l’espagnol ! Et la réaction horrifiée des profs d’espagnol entendant cette assertion !) devenu ,adouci, le « R » moderne dit « grasseyé » et... « parisien » !!.........).

3
Le Quercy-Blanc ,béni des dieux ,possède abondamment des colonies d’asperges sauvages ,méditerranéennes communes sur nos causses et à ne pas croire être le trop fameux « Respountsous » ,cette jeune pousse de Tamier commun dont la consommation est une mode diffusée à partir des confins du Rouergue et de l’Albigeois.

4
Cf:défunte revue Quercy-Recherche ,N° 109 et 110 , long article du Grand Shaman de Montcuq ,Grand Druide du Quercy(-Blanc ?) connu pour ses conf’s-promenades estivales et son Bâton Ecôté ,un « Prenn » druidique, tenu en main droite..., article sur les Plantes Médicinales du Quercy-Blanc,surtout consacré au Tamier Commun et à ses usages. Quercy-Recherches est consultable aux A.D. Lot et à la Médiathèque de Cahors.

5
« Française » au sens du territoire actuel ! Il est évident que jusqu’à la formation de l’espace géo-politique « français » moderne ( qui n’est achevé en termes juridiques et institutionnels que vers 1860) on ne peut rien penser et analyser selon cette catégorie, très trompeuse, qu’est l’ « Hexagone » ! Exposer les faits démographiques
, économiques ,sociaux ,culturels des millénaires pré-et proto-historiques et des siècles antiques et médiévaux (et même « modernes » du 15ème au 18ème) sans tenir compte de données élémentaires telles que le fait que de 847 à l’accession des Valois-Orléans et des Bourbons au Trône(Louis XI/Henri IV:15ème/16ème/17ème s) les pays à l’Est de la ligne Escaut-Meuse-Saône-Rhône étaient HORS du Royaume et dépendaient du « Saint Empire Romain Germanique » fausse totalement la compréhension des faits....!! De Clovis à François Ier la Bretagne fut HORS du
Royaume ,de même nos Pays d’Oc ne sont « Français » que ,au fond ,depuis la Révolution et Napoléon ,ce Charlemagne Moderne....et même ,dans les faits socio-économiques ,seulement depuis la création du réseau des chemins de fer !Jusque là le Grand Sud était tourné vers la Méditerranée Occidentale ,vers Madrid , Cadix, Barcelone, et non vers Paris et la « France » et l’Europe du Nord (le Bassin Londres-Lille- Bruxelles , aire géographique naturelle et cœur de l’Europe moderne:ce n’est pas sans raison que les institutions de l’UE sont installées à Bruxelles – et à Strasbourg/Luxembourg - et que sans le Brexit Londres serait devenue la Capitale Economique et Financière de l’Europe ...et donc du Monde ,enfin les ignares en ont décidé autrement ,to make Great-Britain lesser and lesser great again ????) !!!Ne parlons pas des Millénaires Antiques et Proto-historiques ! Que signifiait l’Hexagone pour les Celtes -Gaulois dont les tribus et peuples étendaient leur espace sur un ensemble allant de l’Irlande aux Balkans et au cœur de la Turquie moderne ? Celtes/Gaulois dont le berceau fut la cuvette Carpatho-Danubienne ??? Quant aux
Chasseurs-Cueilleurs puis aux Premiers Agriculteurs et Peuples de l’Âge du Bronze antérieurs aux Indo-Européens que sont les Celtes (tard-venus en « Gaule ») leurs horizons n’avaient rien de l’espace Français actuel !Parler de France Paléolithique ou néo-lithique est plus qu’une ânerie c’est une Connerie !Surtout si l’on sait que les premiers agriculteurs du Bassin Parisien sont venus du Proche-Orient et d’Asie Mineure par les Balkans et le Danube ,comme les Redoutables « Migrants » actuels ces envahisseurs qui viennent égorger dans nos bras nos fils et nos compagnes...( lors donc qu’en est-il des célibataires sans enfant ?)

6
Et non-toxiques ,y compris sur le Lierre qui est pourtant à n’utiliser qu’avec moultes « précautions »...vu sa relative
toxicité...

7
En fait légumineuses issues de plantes sauvages cultivées depuis le Néo-Lithique ,d’abord au Proche-Orient puis en nos contrées. Ces légumineuses sont attestées comme cultivées en Quercy depuis – 5000/-3000.

8
J’en ai dans mon jardin et il s’en trouve chez certains de mes voisins...

9
Nega Vielha en Graphie IEO,Nègue Vieille pour les Franchimands non polyglottes (travers,défaut , des Français d’Oïl connus pour leur incapacité à parler correctement , et même à apprendre, toute langue autre que le Français ...à la différence des Méridionaux occitans naturellement bi-ou multi-lingues.... )

10
Le Gallo-celtique ,ou celto-gallicque ,le « Gaulois », qui a donné « Batz » (d’où le nom de l’île et du Baron) et l’occitan « Bach » , signifiant « Source ». Bach , prononcé « 
Battsh », mal compris, fut transcrit en la forme francisée « Vache »...Mille n’est pas le nombre mais une forme du radical pré-indo-européen « Mal/Mel » signifiant « Hauteur, Montagne » que l’on lit dans des noms de lieux tels que « Melles » (Deux-Sèvres) Mail (pour Occitan « Malh ») de Cricq (Hauteur pyrénéenne au-dessus de St -Béat ,Haute -Garonne )dominant le haut cours de la Garonne,un des « Passages de « Gargant/ua » .... (Cricq<< KaR + iKk:Kar ,radical pré-indo-européen = Roche+suffixe « Ik ». KaR+w/ou/(o) Kk>>KaRoKk>> kRoK>>Rok,notre « Roc » ,de même origine ,sens et forme que latin « Rupis ».

11
De même que les guérisseurs du Limousin Berthe Laporte ,la Despratouno, des Guignes Basses ,Combe de Càyrel , Montcuq,détenaient bien des secrets du plus Vieux Quercy ,elle fut un des derniers témoins actifs de ce Quercy « underground » , cryptique et caché ,le peu qu’elle me transmit révèle un Vieux Pays très différent du
Quercy pour Touristes....un Quercy d’avant l’Histoire et l’ecriture ...des Carcinols porteurs de cette culture venue du Néo-Lithique restent encore , vivants témoins à interroger et enregistrer, à Montcuq , St-Daunès et ailleurs.......

12
OC IEO= subre lo pitre,contracté en Oc parlé en « su’l Pîtré » = sur la poitrine.

13
Conseil donné par Berthe Laporte ,qui disait la même chose des applications de Verveine Sauvage (pas celle vendue en tisanettes pour citadins,mais celle poussant spontanément dans nos jardins et « campestres »). D’anciens et défunts clients de l’Herboristerie de ma mère m’ont confirmé les heureux résultats de cette recette de guérisseurs carcinols.

14
Et experte en champignons et Herbes Médicinales:les pharmaciens de Chateauneuf sur Charente ,le chef -lieu de canton ,lui envoyaient tous leurs clients cueilleurs de champignons, et autres plantes sauvages , pour qu’elle en fasse le tri !
 »Allez donc voir la Mère Nardou à Boutteville elle s’ y connaît plus et mieux que nous ! »...

15
Toxique en toutes ses parties ,rhizome bulbeux ,feuilles et surtout baies. La lixivation à l’eau bouillante, dans trois bains successifs, et salée est un moyen connu de toutes les vieilles paysanneries du Bassin Aquitain de rendre comestibles des plantes toxiques, que l’on ne cueille que jeunes et tendres, au printemps, à peine sorties de terre, jamais à maturité...Cf la préparation qui rend utilisable les jeunes pousses de Tamier Commun, les « Respountsous ». Frais et cru l’Arum a un goût exécrable . Mâcher les feuilles provoque une durable inflammation douloureuse des muqueuses buccales, avaler le jus ,ou toute autre partie de la plante, est cause d’intoxication mortelle ..