Artichaut, des maux et des mots. par F.X. Nardou

, par Marc Lagaly

Artichaut, des maux et des mots.

Sauvage, amer et médicinal, connu en pays méditerranéens comme Cardon épineux, Cynara (prononcé Künara, la 1 ère syllabe portant l’accent tonique ) gréco-latin mais bien plus vieux que le Latin et le Grec, Qanarîya (1) au Maghreb ’al Aqsa, l’Occident Lointain des Arabes, il est, depuis le Néolithique, vers- 6000, une cueillette des paysans berbères qui en apprécient au printemps l’amertume tonique et dépurative (comme nos pays d’Oc d’autres sauvages amères). Il nous est venu, cultivé et adouci, au 15ème siècle sous le nom arabe de ’al kharchouf (avec Kh= jota espagnole, « ou » long donc sous accent tonique). Devenu alcarchofa (alcartchôfa,« ô » tonique) en Andalousie, Carxôfa en catalan( de la Généralitat de Barçalona ,le « Vieux Pays Catalan » et des autres contrées catalanophones : Baléares et Pays Valencien), nos Pays d’Oc l’en désignent sous divers noms : cartsôflo,escartsôflo (2), et le plus pittoresque, Mourré dé Catt (3), Museau de Chat, l’Artichaut violet dit du Pays. Par l’italien Articioco (4) l’Artichaut fut connu des jardiniers du Val de Loire et d’Île de France, grands pays maraîchers du fait du siège de la Royauté à Paris et des séjours et châteaux royaux en Val de Loire, alors que l’Italie donnait le ton à l’Europe et des reines à la France. Artichaut dont furent d’abord friands Italie,Espagne et Pays d’Oc, sa diffusion et celle de ses noms divers suivit deux grandes branches partant du Maghreb, ceinturant le Bassin occidental de la Méditerranée et correspondant aux deux grandes formes du nom sur la même base. Semées en bonnes terres riches en humus, par chaleurs bien installées de printemps, les graines d’artichaut , Vert de Macau ou de Bordeaux, Violet du Midi, ne donnent que deux pieds d’artichauts vrais sur dix (5), les huit autres restituent la race des origines, l’Artichaunette des Pays de Charentes, aux petites pommes à cueillir à peine formées et, comme les jeunes fèves, à manger crues et fraîches à l’huile et au sel, sarriette, hysope, origan de Sicile (6), citron et sauce de tomates à l’appui, ou sans apprêt comme tout bon jardinier à l’ancienne en son jardin, recette valant encore plus pour les artichauts vrais !
Les vertus médicinales (7) de l’Artichaut, celles du Cardon sauvage, pourtant depuis longtemps connues des Herboristes, tardèrent jusque vers 1920 à être reconnues et prouvées alors que le 16ième siècle, gourmand de Melons (Catherine de Médicis, Reine-Régente, cuida crever d’en avoir trop mangé en Val de Loire) et d’Artichaut, en savait les effets. Ce fut dans les années 1980 une des grandes panacées d’un fameux et défunt Plus-Que-Guérisseur du Pays de Montcuq.

1 Accent tonique sur « î » ,long. En Arabe l’accent tonique porte toujours sur la 1ère syllabe à voyelle longue (â ,î, û pour « ou » long, je marque la longueur par l’accent circonflexe faute de mieux) rencontrée en remontant de la fin du mot vers le début. Si toutes les voyelles (et syllabes donc) sont brèves l’accent porte sur la 1ière syllabe. Dans Qanarîya le « î » de la triphtongue « iya » est long donc tonique. Le « Q » initial est le « Qaf » avec implosion gutturale de « Qalb » (=Coeur) différent du « Kaf » articulé à l’arrière du palais ,en gros notre « k » ,de Kalb »(= Chien). Qanarîya représente une forme arabe maghrébine directement venu du mot pan-méditerranéen ,à radical pré-indo-européen et pré-sémitique , devenu notre gréco-latin « Cynara » (= Künara). L’origine est à situer dans les langues et cultures des premiers paysans de Méditerranée et d’alentours. Je dois à un Potier, artisan de l’argile(Tîr enarabe maghribi) et de la Terre, de Taza ou de ’al Fass , demeurant à Montcuq en « Comba de Roma Vielha » (côsta lo Mas de Cavanhac)d’avoir appris le mot « Qanarîya » ,dimanche 20 Mai sur le Marché de Montcuq. Ce Tazâwi ou Fassi (un Fassîyoun donc) m’a confirmé l’usage de « Kharchouf » pour l’artichaut commun et celui, plus spécifique, de « Qanarîya » pour nos artichauts rustiques, violets, méditerranéens et méridionaux,sentant le « sauvage ».

2 Graphie correcte (IEO) Carjofla /Carchôfla=cartsôflo. (IEO) Escarjofla/Escarchôfla= éscartsôflo. Accent tonique sur « ô ». Mots féminins, comme en Castillan et Catalan. En graphie occitane selon les règles classiques, celles modernes de l’Institut d’Etudes Occitanes, organisme peuplé de linguistes et historiens, le son « TS » du Carcinol (dialecte du Pàis de Càrci, l’occitan du « Quercy ») peut se rendre soit par « J » soit par « CH »...

3 Graphie IEO:Morre de Cat. « Morre » (MOUrré) = moue (far lo morre:Far lou MOUrré= faire la moue). Cat= chat.Latin « Catus »(Katouss)>>Oc « Cat »( Latin CA>>OC « Ca » et Français d’Oïl « CHA »:cf Cantare>>Oc :Cantar,Français « Chanter »)

4 Donc masculin alors que notre occitan « cartsôflo,escartsôflo » est féminin !

5 Ce pourquoi pendant longtemps et jusqu’à il y a peu les bonnes et vieilles Maisons productrices et commercialisatrices de semences potagères et florales se sont interdit de mettre en vente des semences d’artichauts, les semis ne donnant que 20% de plants d’artichauts vrais... Depuis quelques années on trouve en graineterie-Jardinerie des sachets de graines d’artichauts mais il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’à obtenir deux pieds d’artichauts vrais sur dix graines semées, les huit autres donnant des pieds d’artichaunettes... très vigoureux et encombrants dans un jardin mais très productifs de petites pommes d’artichaunettes... Je me sers des feuilles d’artichaunettes pour leurs vertus médicinales, celles des feuilles d’artichauts potagers vrais.

6 Origan dit « Origanum Mantegazzianum », spécifique de la Sicile et du sud de la Botte italienne, endémique en Sicile et Sud de l’Italie, seules contrées où cet origan soit spontané. Le Mantegazzianum est différent de notre Origan de l’Europe tempérée méridionale (que l’on a en pays du golfe de Gascogne et des bords de l’Atlantique jusqu’en Angleterre où il se limite aux zones littorales de la Manche). J’en ai trouvé (du Mantegazzianum) au printemps 2017 subre lo Mercat da Moncuc chez des cultivateurs-producteurs (que son estant de tener la lora taula de vendre contradenànt l’Ostal de Benvenguda e Entresenhas per los viatjaires e caminejaires que venon per veire e connéisser lo nostre pàis de Càrci Albàn) de plantes aromatiques, émanants et demeurants au lieu-dit Las Pyérièras (le lieu des »Pyériérs, des arbres porteurs de « Pyéras/Pyéros /poires » à Cambàyrac, un cultivar dit « épicé » que j’ai très bien réussi en culture en pots, trois touffes transplantées en pleine terre ce printemps. Piera (poire) >> Pierier (Poirier). Par confusion due à la ressemblance auditive entre Occitan « Piera/Piéro (Poire) et Français « Pierre » (OC= Péyra/Péyro) les méridionaux disent « il faut toujours garder une « Pierre », en fait une « Poire », pour la soif (Cal sempre e tostemps servar una piera per la set,graphie IEO. Prononciation : « Kal sémmpré é toussténn sérbar uno piéro pél’la sétt » accent tonique comme en espagnol, italien portugais). De même tel lieu-dit,en « Français « méridional « La Péyrarède » (Oc La Pierareida/Pyéraréydo) fut un verger de poirier et n’a rien de pierreux malgré les trompeuses apparences de la forme francisée !!

7 On remarquera que dans ces billets pour l’hebdomadaire lotois habituel (NDLR : Le Journal du Lot ), tant en version publiée qu’en version lourde réservée à quelques privilégiés (si c’est un privilège valorisant et bénéfique que d’être obligé de lire ces lourdes et interminables notes en bas de pages ! Etre serf était aussi un « privilège » ,un « statut spécifique », sens de « privilège » du latin Lex Privata=Loi particulière...), je n’expose jamais ce qu’il en est des vertus médicinales des plantes ni de leurs modes d’utilisation ou contre-indications, sauf à en préciser la toxicité le cas échéant...