La nuit des quatre-temps

, par Marc Lagaly

La nuit des quatre-temps*

Une fois, il y avait une vieille qui avait sept barils de louis d’or. Chaque matin elle les épandait au soleil afin de les empêcher de moisir.
Voilà qu’un matin passe un jeune homme à cheval qui lui dit :
- Hé ! que faites-vous la vieille ?
- Vieille ! vieille ! il y en a de plus vieilles que moi, et il y a beaucoup de jeunes qui voudraient être à ma place, allez !
- C’est possible, mais qu’est-ce que c’est que vous épandez au soleil ?
- Hé ! vous le voyez bien ! je remue ces farisques-farasques afin qu’elles ne moisissent pas.
- Si vous vouliez me les donner, moi je vous les démoisirais bien.
- Hé ! pardi, je vous les donnerai bien, mais il faut que vous me preniez en mariage.
- Eh bien ! nous nous marierons. Je viendrai vous quérir la nuit des quatre-temps.
Cette vieille avait avec elle sa jeune nièce. Un soir elle lui dit :
- Petite nièce, petite nièce, va-t-en voir le temps qu’il fait.
La petite nièce alla devant la porte et dit :
- Le vent claque, grand’mère.
- Va-t-en au lit. Ce soir n’est pas mon soir.
un autre soir, elle redit :
- Petite nièce, petite nièce, va-t-en voir le temps qu’il fait.
- Il tonne et il fait des éclairs, grand’mère.
- Va-t-en au lit. Ce soir n’est pas mon soir.
Un autre soir elle redit :
- Petite nièce, petite nièce, va-t-en voir le temps qu’il fait.
- Il tonne, il fait des éclairs et il vente, grand’mère.
- Va-t-en au lit. Ce soir n’est pas mon soir.
Un autre soir, elle redit :
- Petite nièce, petite nièce, va-t-en voir le temps qu’il fait.
- Il tonne, il fait des éclairs, il vente et il pleut, grand’mère.
- Petite nièce, petite nièce, cherche-moi mes pantouflettes. Ce soir est bien mon soir.
La vieille et la petite nièce prirent une petite chandelle et se mirent en chemin.
Quand elles furent un peu loin, elles virent quatre lumières qui luisaient.
- Petite nièce, petite nièce, c’est un galant qui vient me quérir.
Quand elles furent plus loin, elles virent que ces lumières étaient les yeux de deux loups. Ces loups affamés sautèrent sur la vieille. Alors, le galant, à cheval, qui suivait les loups, leur dit :
- Tout doux, mes bons amis ! il y en a bien assez pour tous.
Le galant prit la petite nièce à bras le corps sur son cheval, et les loups, cric, crac, triturèrent et avalèrent la vieille, os et tout.
Le galant et la petite nièce se marièrent ensemble, et firent bonne vie avec les farisques-farasques de la vieille.

Jean Moulinier - Aluta nº29 - janvier-mars 1951

*Conte recueilli au Mas d’Estieu, à Saint-Projet