St Vincent, 22 janvier, et l’Hiver qui s’en va ou s’en revient par F.X. Nardou

, par Marc Lagaly

St Vincent, 22 janvier, et l’Hiver qui s’en va ou s’en revient.

Per Sant Vicéns l’Ivern quita sas dents o las bôta mày escossens, proverbe ici donné en graphie de l’Institut d’Etudes Occitanes, du Moyen-Age et des Troubadours, des Comtes de Toulouse, des Ducs d’Aquitaine, des Comtes de Provence et des Dauphins d’Auvergne,et selon lequel à la St Vincent l’hiver perd ses dents ou les fait pousser plus tranchantes. La Conversion de St Paul au 25 du mois confirme ou non cela. Le 24 au soir, fin du 1er quartier lunaire, commence le mois gaulois de Riuros ,celui des Inondations de Février dont on dit qu’il remplit les fossés que Mars assèchera. La Chandeleur donnera le définitif présage d’une quarantaine hivernale de plus ou d’un Printemps précoce.
De cette fin d’hiver et premier Printemps tout jardinier sent les signes à la couleur du temps et à la renaissante clarté des jours.
Sur les rameaux des chêvrefeuilles, Salvamàyre, Cabrifuelh, su’l ramel dels Sambucs, Sureaux Noirs, sortent les premiers bourgeons feuillus, las Broulyos, l’Hellébore fétide, Marcîblé, Marcîboul, Cîstré ou Rôso dé Nadal, élève ses hampes florales pâles et verdâtres aux boutons liserés de pourpre, signe inquiétant des sombres pouvoirs d’une fleur mortelle qui fut remède contre les démences par ses graines, à très faible dose et selon des recettes des Métgés,Mirs et Médécis
occitans médiévaux, graines pleines d’une huile toxique.
A l’orée des bois, à la brouo dé lày sélbos, renaissent les beaux verts lumineux des feuilles de Ficaire, Erbo dé las Mourénos, toxique aux rhizomes bons en usage seulement externe contre les hémorroïdes.
Des Arums Tachetés, Gouets, Pan de Sérp, Erbo del Brutlàt, ressortent les feuilles marbrées de blanchâtre, signe pour telle défunte « plus-que -guérisseuse » de Montcuq de vertus contre les maux de poumons par cataplasmes de cette très âcre toxique dont porcs et sangliers sont pourtant friands.
Vers Midi dans les sous-bois dépouillés de leurs feuilles les mousses reverdissantes pénétrées de lumière prennent une vive fraîcheur quasi-phosphorescente qui ne s’observe qu’en cette saison.
Le jardinier alors s’active au ramassage des feuilles mortes surentassées partout où son jardin lui laisse quelque place, réserve future de composts pour ses cultures estivales de légumes gourmands d’eaux et d’humus,deux pieds de tomates exigeant trois bonnes brouettées de terreau, et moyen simple d’enrichir les parcelles où se décomposeront ces feuilles durant trois longues années.

François X. Nardou