L’occitan médieval de Montcuq par F.X. Nardou

, par Marc Lagaly

Sur quelques particularités de l’Occitan médiéval tel qu’écrit, et parlé, à Montcuq au 15 ème siècle, et même, si j’en trouve matière dans mes souvenirs de lectures, aux 12ème et 13ème siècles....
Livraison en vrac ,telles que ces choses me viennent à l’esprit.(1)
On sait qu’en Occitan l’accent tonique des mots se terminant par une voyelle ou par les consonnes(« S » le plus souvent , ou « Y » semi-consonne en diphtongue terminale) marquant le pluriel porte, habituellement, sur l’avant-dernière syllabe.
On sait aussi qu’il en est de même du fait du « n » terminal des formes de verbe à la 3ème personne(= français : Ils ou Elles) du pluriel .
On prononce « CAnnti »(=Je chante) avec accent tonique sur « CA » ce qui s’écrit « canti »,et on dit « CAnntounn »mais écrit « canton » (=ILS chantent) ou ,selon les dialectes et contrées,on dit « CAnntann », écrit »cantan ».
Le latin tardif « Cantare »>>Occitan Cantar,prononcé de nos jours « canntA ».
Latin « cantunt »(=Canntounntt=Ils chantent)>>Occitan montcuquiol « CAnntounn ».
Il se trouve que la prononciation locale tendait déjà vers 1960 à énoncer « CAnntou »,le »n » final s’amuïssant.
Or cette prononciation est fort ancienne,je la trouve déjà transcrite en occitan médiéval des registres des notaires de Montcuq du 15ème siècle,qu’il faut lire en sachant que les contrats et actes divers sont d’abord négociés verbalement et traités en pensée par le notaire en OCCITAN ,puis stipulés par écrit en un latin qui n’est que la traduction mot à mot de l’occitan...!!La version d’origine, celle « authentique » selon le Droit,celle qui sert de « preuve » , est la latine, mais en fait c’est l’Occitane qui rend compte des intentions et motivations réelles des cocontractants ou stipulants.
Pour stipuler que des paysans possèdent , « tiennent »,telle parcelle de terre (de tel concédant ,noble ou pas ,seigneur ou non) les notaires ,qui écrivent « Teneunt » en latin (« TE »tonique=« té »), utilisent dans les versions occitanes des actes la forme écrite « teno » rendant un compte exact de la prononciation qui était déjà « TEnou »(avec « E »= é >>té tonique>>ténou)

Inversement le mot « Terrado », qui en bonne graphie classique serait « terrador », rend compte d’une prononciation en « TérradOU ».On trouve du reste « Terado »,avec un seul « R » , bien plus souvent que « Terrado »avec deux « R ».
Terrado doit se lire avec accent tonique sur « o » final prononcé « ou ».
Ce mot traduit habituellement par « Lieu-dit » signifie en fait « ensemble de parcelles de terres cultivables et ,ou non ,cultivées » et sises en tel lieu du finage agraire « paroissial » de la communauté d’habitants.
On n’emploie pas « terrador/terrado » pour un lieu situé à l’intérieur de l’enceinte des remparts du bourg castral de Montcuq.
« Terrador/Terrado » est traduit en latin notarial par « Territorium »(>>français « Territoire »).
Un latin gallo-romain méridional vivant « Territorium » aurait donné en Occitan vivant ,savant ou populaire, »Territôri »avec très fort accent tonique ,et circonflexe à la façon du grec classique !!, sur « tô » .
La Forme « Terrador/Terrado » ne peut venir que d’un latin Cadourque ,gallo-romain, tardo-antique local du type « Terrator(ium ) ».
.Le « T » latin entre voyelle >> »D » en Occitan (toujours « D » !). La base est donc le Latin/occitan « Terra »:Terra, »Té » tonique .
« Terrator(ium) » fut donc une forme locale construite sur « terra » et signifiant « ce qui consiste en terres ,en parcelles de terres agraires ».
Or les notaires des 15ème et 16ème siècles graphient toujours en Occitan, ou en latin, « Tera » et non « Terra », et même ,parfois et souvent ,Terado » et non « terrado ».
Alors que les notaires ont des formulaires en latin à leur disposition et que Montcuq possède depuis au moins le 13ème siècle une école tenu par un régent latiniste où les fils des familles notables et bourgeoises apprennent les rudiments de la langue latine ,et pour certains suivent ensuite des études aux Universités de Cahors et Toulouse, où s’illustrèrent des fils de « Chevaliers ET Nobles » de Montcuq,ce « R » simple de vers 1450/1500 rend-il compte d’une prononciation en « R » roulé apical( »R » apical = « R » roulé avec la pointe de la langue) lorsque l’on tient compte du fait que de nos jours , »RR » de « Térro » est très roulé et du fond de la bouche , c’est un « RR » roulé GLOTTAL,pas apical. .Le « RR » glottal roulé est très carcinol ,Mountcuquiol,vivant et actuel.
( En Portugais le son correspondant est un « RR » glottal mais râclé ,celui de « Terra » ou de « Rio »,alors que celui de « Janeiro » est roulé apical,avec « o » terminal = ou et « ei » tonique,diphtongue effective « éy »)

A suivre...

François-Xavier Nardou ,Montcuq ,Lot.
29 Janvier 2018.
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1 - Résultats de mes recherches aux Archives Départementales du Lot .