Lou Barricaire d’Ernest lafon

, par Marc Lagaly

Lou Barricaire

Can lou soulhel a proun bairat,
Juscous rasins de nostros vinhos,
Qué lous gruns soun coumo dé guinhos,
lou barricairé es alertat.

E dins soun chai sono, tindino,
Lou brut ritmic dé soun malhet,
Tindo d’un airé gailhardet
L’angelus cap avant matino.

Trabès douèlos, pan, pan, pan, pan !
Réboumbis la cansoun jouiouso,
Dé la vendenho moustejouso,
Bat lou desclut subr’el mairan.

Barricos, barricots, aisinos,
Né cadra fa tout un troupèl,
Per embuca lou bi noubèl,
Las soucos an plènos tetinos.
Moun barricairé ès lou prumier
Per tournejar poulido tino :
Ni trop magro, ni pansalhino
Coursétado dé castanher.

Es dé fisenso sa futailho,
En carn dé cassé endouelat,
Lous mestrés, founds tant bien gaoulat,
Li poudèm balha la médailho.

Moun barricairé a bouco fino,
Del vin moufido lou bouquet
Lou churlo s’a dé rélhebet
E escupis la salvajino.

Tounel cufé l’i fa piètat
Sé la barrico ès bouffarélo
E qu’al traouquèt met la canèlo.
Un mort sério reviscoulat.

Ernest Lafon - Les mois rustiques et les voix du pays Cahors A. Coueslant s.d.

Traduction de l’auteur

Le tonnelier

Lorsque le soleil a véré les juteux raisins de nos vignes, que les grains sont comme des guignes (cerises), le tonnelier est alerté.
Et dans son chai sonne et tinte le bruit rythmé de son maillet. Il tinte d’un air gaillard, dès l’Angélus, avant matines.
A travers les douelles, pan, pan, pan, résonne la joyeuse chanson de la vendange bouillonnante ; il bat le réveil sur son merrain.
Barriques, barils et futailles diverses, il faudra en faire un troupeau pour entonner le vin nouveau, car les souches ont pleines "tétines".
Mon tonnelier est le premier pour tourner jolie futaille en belles douelles de chêne , le maître-fond est si bien ajusté que nous pouvons lui décerner la médaille.
Mon tonnelier a bouche fine. Du vin, il flaire le bouquet ; il l’avale s’il a de l’arome et le crache s’il a un goût sauvage.
Tonneau vide lui fait pitié. Mais si la barrique est pleine, c’est lui qui met le robinet, un mort en serait ressuscité.