Les Quilles

, par Marc Lagaly

Après vêpres, les jeunes filles
Errent en quête d’amoureux ;
Beaucoup s’intéressent aux jeux
Bruyants des amateurs de quilles.

Le long des vieux murs du couvent
Le long des murs neufs des écoles
Des gaillards aux larges épaules
Sèment du fracas dans le vent

Ils ont quitté chapeaux et vestes
Et pourtant leur torse est mouillé
Sur le sol blanc qu quiller
Leurs ombres tracent de grands gestes.

Dans le feuillage des ormeaux,
Les moineaux jaseurs sont en foule ;
Ils s’effarouchent quand la boule
Frôle de trop près les rameaux.

Multipliant ses enjambées
Tout autour du but, un enfant
Proclame les points, triomphant,
Et dresse les quilles tombées

Un autre court au cabaret
Changer les flacons que l’on vide...
Les joueurs ont la lèvre humide
De rires et de vin clairet.

Et jusqu’au soir, les jeunes filles
Qui n’ont pas trouvé d’amoureux
S’intéressent, faute de mieux,
Aux jeux des amateurs de quilles...