Les Causses

, par Marc Lagaly

Les Causses

Vastes plateaux rocheux et gris
Semés de chênes rabougris
Et d’herbe mièvre
Où sur la lande blanc linceul
Se dresse funèbre et tout seul
Le noir genièvre.

De ci de là, d’immenses trous
Aux flancs ruisselants de cailloux
En avalanche
Et dans le fond souvent un champ
Ombragé de noyers cachant
La pierre blanche.

Quelquefois c’est le gouffre noir
Porte d’enfer terrible à voir
Avec sa voûte
D’où si l’on penche on entend
Tomber en se répercutant
L’eau goutte à goutte.

C’est aussi bien loin dans la nuit
Profonde et glaciale du puits
Le bruit d’une onde,
Mystérieux comme un soupir
D’âme en peine et semblant venir
D’un autre monde.

Qui pourra dire la douceur
La mélancolique torpeur
De ses fleurs rouges
A l’heure où sous l’ardent soleil
Dans les champs pris par le sommeil
Plus rien ne bouge.

Avez-vous sous le beau ciel bleu
Implacable et majestueux
Strié d’or pâle
Écouté le rythme troublant
Le cri monotone et strident
De la cigale !

O plaine ! je t’aime le soir
A l’heure grave où le manoir
Puissant et sombre
Semble, chevalier regrettant
Les luttes épiques d’antan
Guetter dans l’ombre.

Dans l’air pur, calme et solennel
On n’entend que le long appel
De quelque pâtre
Ou bien les pas pesants égaux
D’un vieux Caussenard en sabots
Regagnant l’âtre.

Ferdinand Capmeil