Sus l’ase de Joseph Calcas

, par Marc Lagaly

Sus l’ase

Cont duro de tems lo luno de mial ?
“Dusqu’al prumier mainage
“L’y a pas trop de fial
“Dins lou maridage”
Disou lous uns. Co’s pas toujour bertat ;
Mai d’un cop, al noum de lo libertat,
Quauques jours après lo noço
Lou menage se rosso.
Co’s pas ço que l’y a de pus bou,
Més ques boulèz l’y faire ?
Cultiba lo rasou,
Me direz plos ; l’ome s’en jauto gaire
Lou pus souben.
Dusqu’à que siague pus sabent,
Ou, se boulèz pus rasounable
Bau bous counta’n afaire beritable :

El èro’n cascorelet
Pas pus gros qu’un rey-de-belet,
Elo co’s èro uno gaillardo
Cat de bouci mignardo ;
L’ase me fouto ! sus moun ounour,
Abio be siès pèds de nautour.
Ambe´n mouchat ficat sus lo gauto
Aurio metut de pauto
Soun espous qu’èro’n pauc forlusquet.

Après un mes de maridage
-  Boui dirai pas perqué –
Co’nabo pas dins lou menage
Botorèl, per dire soun nou,
Proumetio res de gaire bou
A so mitat : “Ah ! toco-me diguèt-elo,
Se boles bira lo belo
D’un brabe biai
M’en cargui ! Mai
Mountoras sus l’ase enkèro
E dins lours els lo coulèro
Luzissio coumo’n calel...
Per l’escanti cal uno batonado,
Botorel, lou prumier l’atropado.

Lours besis abioù entendut
Aquelo bataillo
E pensaz qu’erou be de taillo
A ne fa courre lou brut.
Mai bertat : tout lou bilage
N’en faguèt un ramage,
E quand benguèt dimenge, Botorèl
Sus l’ase mountèt coumo’n tindaurèl...
Paure bougre ! siban l’usage,
N’abioù fat un cabailler
Birat de dobon dorrier ;
E dins aquel equipage,
Se carrabo à recuoulou,
Lo quouo de l’ase per bridou !

Joseph Calcas (1848-1921) Armona Quercynouès per l’annado 1893

Notes : tiré de E.Sol Le Vieux Quercy ; T.1 Usages Ancien 1929 :

“Dans les localités quercynoises, on organisait la chevauchée de l’âne pour ridiculiser un mari qui faisait abnégation de son autorité toute-puissante en face des prétentions de sa femme.
Les jeunes gens montaient le pauvre mari, que sa femme couvrait de coups, sur un âne la face tournée en arrière et la queue de l’âne à la main. Au cours de cette promenade, la foule faisait cortège et la jeunesse se livrait à une joyeuse farandole.
La chanson de circonstance était :
“Lou mountaren su l’ase (bis)
Lan, lan, la (bis)
La cuio a la ma”
“Nous le monterons sur l’âne, -lan lan la- la queue à la main”

Dans notre Quercy, on se plut à organiser cette chevauchée de l’âne, bien connue du moyen-Age, et il n’y a pas longtemps encore que les populations aimaient encore à faire justice elles-mêmes. On en a gardé le souvenir, notamment dans la région de Saint-Céré, à Frayssinhes par exemple (abbé L.Viguié).

Traduction :

Sur l’âne

Combien de temps dure la lune de miel ?
« Jusqu’au premier enfant
« Il n’y a pas trop de lien
« Dans le mariage »
Disent les uns. Ce n’est pas toujours vrai ;
Plus d’une fois, au nom de la liberté,
Quelques jours après la noce
Le ménage se rosse.
Ce n’est pas ce qu’il y a de meilleur
Mais que voulez vous y faire ?
Cultivez la raison ?
Vous me direz bien ; l’homme ne s’en soucie guère
Le plus souvent.
Jusqu’à ce qu’il soit plus savant,
Ou si vous voulez, plus raisonnable.
Je vais vous raconter une histoire vraie :

Lui était un gringalet
Pas plus gros qu’un roitelet,
Elle, c’était une de ces gaillardes
D’aucune façon délicate ;
L’âne me f … ! Sur mon honneur,
Elle avait bien six pieds de haut
Avec une gifle sur la joue
Elle aurait mis par terre
Son époux qui était un peu freluquet.

Après un mois de mariage
- Je ne vous dirai pas pourquoi-
Cela n’allait pas dans le ménage.
Bavard, pour dire son nom,
Ne promettait rien de bon
A sa moitié : « Ah ! Touche-moi dit-elle,
Si tu veux mater la grande
D’une bonne manière
Je m’en charge ! A nouveau
Tu monteras sur l’âne encore. »
- Tiens ta langue lui répondit-il
Et dans leurs yeux la colère
Luisait comme une flamme…
Pour l’éteindre il faut une raclée,
Bavard, le premier la reçut.

Leurs voisins avaient entendu
Cette bataille
Et vous pensez bien qu’ils étaient de taille.
A en faire courir le bruit.
En vérité : tout le village
Bruissait de la nouvelle.
Et quand vint dimanche, Bavard
Sur l’âne monta comme un hochet…
Pauvre bougre ! Selon l’usage,
On en avait fait un chevalier
Tourné devant derrière ;
Et, dans cette tenue
Il défilait à reculons,
La queue de l’âne pour rêne !