Octobre

, par Marc Lagaly

Octobre

Octobré jaunissen, de coulous mirgalhat
Pel pintré, pel poèto es lou moument rébat.

Quand octobre prend soun fi
Din la cabo es lou bi
.

Après les vendanges, c’est en octobre que le vin acheve de se faire de cuve en barriques. Maintenant il n’est plus question de loger le vin nouveau en barrique comme autrefois.
A cette époque il fallait loger le vin nouveau en barriques neuves et en bois de chêne de Hongrie de préférence de "mayran". Ce bois avait la propriété de céder du tanin au vin et un bouquet particulier de bois. Ce vin de pur auxerroix était acheté par les négociants bordelais qui se servaient de ce vin pour améliorer les vins de palus de la Gironde. Nos vins des Côtes du Lot étaient ainsi le vin médecin de ces vins de Bordeaux à réputation mondiale. Avant la Grande Révolution les vins de Cahors étaient bus à la cours des Tzars en Russie avec la marque du chàteau de Grézels.Maintenant (1) le vin est logé dans des foudres en ciment ou livré à la cave coopérative. Ils n’ont plus la même valeur d’autrefois, ils sont récoltés en plaine, tandis qu’autrefois on plantait la vigne aux flancs de coteaux, témoins les tas de pierres qu’on peut y voir encore.
Le vin de Cahors était autrefois tout un poème, presque un culte, il a fallu l’arrivée du maudit philoxera pour ruiner le vignoble et obliger le vigneron à remplacer nos bons cépages par des plants plus résistants mais au détriment de la qualité.

C’est en octobre qu’on prépare les semailles : "Per Sent Luc, Semeno pauruc." (18 octobre).
C’est aussi la saison des chàtaignes et du passage des oiseaux migrateurs, palombes, corbeaux, oies sauvages.

Jous nuatgés grises, las alos desplegados
Passo dé bols d’auséls alignats en courdados
Al pus viste futjou lou païs embrumat
Per s’en ana pla loun joul cel ensoulelhat.

Per tus balen païsan, preparo l’abladado
Per semena toun blat d’uno ma bien reglado
Grand jeste de pregaïro a Diou recounessens,
Per nus douna lou pa, cad’an lou remercien.

Sous les nuages gris, les ailes déployées
Passe des vols d’oiseaux alignés
Au plus vite ils fuient le pays embrumé
Pour s’en aller très loin sous le ciel ensoleillé.

Pour toi vaillant paysan, tu prépare ton champ.
Pour semer ton blé d’une main bien réglée
Grand geste de prière à Dieu reconaissant
Pour nous donner le pain, chaque an nous le remercions.

Marc Burc (1884-1979) - Extrait "Les jours rustiques"

(1) - Texte écrit dans les années 60