Février de Jean Barancy

, par Marc Lagaly

Février

Petite paysanne aux yeux ensoleillés
Envieuse toujours des femmes au teint pâle,
Malgré son vieux corsage et son front qui se hâle,
Et ses pauvres jupons que la terre a mouillés,

Malgré tout, malgré tout, je la trouve charmante,
Le vent froid du dehors a bouclé ses cheveux,
Et mis de rayons encore dans ses yeux
Et plus de pourpre aussi sur sa bouche qui chante.

Devant la cheminée où pétille un feu clair
Elle tend sa main brune à la spirale rose,
Guettant naïvement chaque métamorphose
Que la flamme subit en s’élevant dans l’air.

Elle aura dix-sept ans lorsque les pâquerettes
Viendront le mois prochain étoiler nos prés verts,
Quand merles et pinsons, commençant leurs concerts,
Diront à tout venant leurs folles amourettes.

Son promis est près d’elle. Rustique troubadour
L’âme et le coeur ravis d’avoir pour fiancée
Cette douce mignonne à la taille élancée
Il exalte comme eux le soleil et l’amour.

Souriant à demi dans l’infini du rêve,
Sans doute c’est à lui que l’enfant pense encor
Tandis que le feu vif avec ses reflets d’or
Dans l’âtre étincelant monte, monte sans trève

Ils doivent s’épouser à la fin des frimas
Mais, s’il est amoureux, elle n’y songe guère
Car son âme est la fleur - beau lys ou primevère -
Qui reçoit des rayons mais qui n’en donne pas.

Et, tandis que le gars la contemple et l’admire
Grisée par sa présence et ses troublants espoirs,
Elle se dit tout bas, la fillette aux yeux noirs
- Et c’est là seulement ce qui la fait sourire -

Que lorsque reviendra l’avril mutin qui dort,
L’avril joli qui met des chansons dans les branches,
Elle pourra glaner papillons et pervenches
Loin de son amoureux qui soupire trop fort !

Jean Barancy - Divona - Février 1927

illustration "La jeune paysanne" 1872 par Charles Zacharie Landelle ( 1812 - 1908){}