Lo corretto ossognado

, par Marc Lagaly

Nous avons trouvé cette coupure de journal, isolée à la bibliothèque cadurcienne de la Société des Etudes du Lot, sans date, ni auteur, ni origine. Avec seulement en chapeau le nom du village de Souceyrac, peut-être le village d’origine de l’auteur. Le nord du département a fourni de nombreux exemples de textes politiques en langue d’oc (en général écrits par des conservateurs). Ici, le candidat radical Armand Bouat (1873-1929) se trouve moqué, lors des élections législatives au début des années 20. On y trouve en particulier une référence claire à son métier de négociant (des patates).

Lo corretto ossognado (Sousceyrac)

Lou portit del cortel (1) obio, per soun usatche,
Un brabé correttou plo lusent, per mo fé !
Otiolat d’un tchobal un paou poussif, mais satché,
Coumo jes l’osicot con es pèté de fé...
Et domoun et dobal, per soulel et per pletcho
Cado tchour lou bisio préména pës comins
Et lou paouré Bouat (2), molgré soun paropletcho
Sé troubèt esconat !... L’on jo sirio per min !
Pourtabo des poquets incoumbrents coumo cal
Et li bisias ecrit in lettros de mietcho souno :
"Impôt sul pinard, impôt sul tobat, impôt su lo sal,
"Bénéficés ogricolis !" Aie ! quittoment los potatos
Qu’aoutres cots obiou to bien gornit soun rostilié,
Inquéro fournissiou pél li faïre soun lié...

Oléro sé birèt bos païsons souïs bésis :
"Bénés o moun secours ! Liou me trobe plo oïci
"Lo plaço es prou bounoto et bourio lo gorda."
Mé les aoutres, pas néïcis, toutchés un paou escourgats
Sé birou bol délaï et lou daïssou broma...
Mé Loubet (3), qué bilhabo, orribét bistoment ;
Li suzét, li pétét et lo crinièro ol bent
S’ottiolet ol broncard. Poussabo coumo cal :
Semblabo un bourricot qué bo faïre un bél sal !
Pécaïré ! Rés li fét... Lo corretto ossognado
Démouret pel comin... et les dous osicots
En regretta plo fouort lo cargo obondounado
Quittérou lou païson coquesto co risio.

Traduction  :
La charette embourbée

Le parti du cartel (1) avait, pour son usage,
Un grand chariot bien luisant, ma foi !
Attelé d’un cheval un peu poussif, mais sage
Comme l’est le petit âne, quand il est repu de foin...
Et par en haut, et par en bas, par beau temps et par temps de pluie
Chaque jour on le voyait promener par les chemins
Et le pauvre Bouat (2), malgré son parapluie
Se trouva crevé ! On le serait pour moins !
Il portait des paquets bien encombrants
Et vous y voyiez écrit en lettres de demi-aulne
"impôt sur le pinard, impôt sur le tabac, impôt sur le sel"
"Bénéfices agricoles !" Aïe ! même les patates
qui autrefois avaient si bien garni son râtelier,
Encore fournissaient pour lui faire son lit...

Alors il se tourna vers les paysans ses voisins :
"Venez à mon secours ! Moi je me trouve bien ici
"La place est assez agréable et je voudrais la garder."
Mais les autres, pas idiots, tous un peu écorchés
Se détournent et le laisse bramer...
Mais Loubet (3), qui veillait, arriva vitement ;
Il y sua, il s’y creva et la crinière au vent
S’attela au brancard. Il poussait comme il faut :
Il ressemblait à un bourricot qui veut faire un grand saut
Pauvre ! Rien n’y fit... La charrette embourbée
Resta dans le chemin... et les deux petits ânes
En regrettant bien fort la charge abandonnée
Laissèrent le paysan qui cette fois-ci riait.

notes  :
1- Le cartel des gauches, est une coalition électorale, constituée dans une cinquantaine de départements, pour les élections législatives de 1924 entre les radicaux indépendants, le Parti radical et radical-socialiste, le Parti républicain-socialiste auquel se joignirent des socialistes indépendants, et la SFIO. Les radicaux emmenés par Édouard Herriot dominèrent la coalition victorieuse aux élections législatives de 1924 (source Wikipédia).

2 - Armand Bouat est un homme politique français né le 31 mars 1873 à Padirac (Lot) et décédé le 11 août 1929 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Négociant, il est mandataire aux Halles de Paris. Il est chargé du ravitaillement de Paris pendant la Première Guerre mondiale. Conseiller général du canton de Martel en 1919, président de l’office agricole du Lot, il est député du Lot de 1924 à 1929, inscrit au groupe radical. En 1925, il est maire de Martel et conseiller général du canton de Bretenoux. (source Wikipédia)

3 - Émile Loubet, né le 30 décembre 1838 à Marsanne et mort le 20 décembre 1929 à Montélimar, est un homme d’État français, président de la République française de 1899 à 1906. Avocat de profession, il est élu député de la Drôme. Ministre des Travaux publics, puis de l’Intérieur, il est appelé, en 1892, à diriger le gouvernement de la France ; président du Conseil, son ministère tombe à cause du scandale de Panama. En 1896, Loubet est élu président du Sénat. Après la mort du président Félix Faure, il est élu président de la République française pour un mandat de sept ans. Il ne concourt pas pour sa propre succession et se retire des affaires nationales à l’issue de sa présidence. (source Wikipédia)